Toshio Bando

(1895-1973)
Œuvre

Toshio Bando nait dans une famille aisée de Tokushima et présente dès l’enfance des dispositions artistiques. Après le décès de sa mère, son père l’encourage à poursuivre sa vocation.

En 1913 le jeune Bando voyage à Tokyo pour étudier auprès du maître Fujishima Takeji qui l’initie à l’art européen, ayant lui-même travaillé en France et en Italie. Bando obtient ses premiers succès en 1918 à l’exposition Bunten de l’Académie japonaise des Arts, imaginée sur le modèle des Salons français. La technique du jeune artiste est déjà structurée pour son âge et elle évoque Cézanne aux yeux de nombreux critiques japonais admiratifs. En effet Bando se documente avec passion sur les mouvements de l’avant-garde française et il en suit les progrès grâce à la lecture de revues spécialisées comme Shirakaba, à travers laquelle il découvre le cubisme et le fauvisme.
Il ne délaisse pourtant pas l’étude de la peinture japonaise traditionnelle dite nihonga, il s’y forme tout en poursuivant l’étude de l’art européen et pose ainsi les bases d’un langage pictural croisé entre orient et occident.

C’est alors naturellement que Bando quitte le Japon en 1922 pour découvrir Paris.
Dans la capitale française il rencontre Foujita, lui-même expatrié en France depuis neuf ans, qui l’accueille d’emblée dans son atelier de la rue Delambre. Foujita, déjà célèbre, naturellement charismatique, rassemble autour de lui les artistes japonais de Paris et est considéré par eux comme un maître. Bando fait la connaissance de tout Montparnasse et s’inscrit, dès son arrivée dans la capitale, dans un milieu d’artistes avant-gardistes déterminés à renouveler le langage moderne de la peinture. Il y côtoie Kiki de Montparnasse et Man Ray immortalise son portrait (voir photo ci-contre).

Pourtant, en l’espace de quelques années à peine, Bando commence à percevoir la limite que constitue la proximité de Foujita pour la reconnaissance publique de son propre langage artistique. Bando souffre de voir son art constamment rapproché de celui de Foujita par la critique française qui voit dans la japonité des deux artistes un élément uniformisant qui les place d’emblée, l’un par rapport à l’autre, dans un rapport de maître à élève. Or, sous une strate culturelle et esthétique commune dérivant de leur pays d’origine, la démarche et la personnalité de Foujita et de Bando sont fondamentalement différentes : Foujita est dessinateur, Bando est avant tout peintre, Foujita apprécie les mondanités et a un cercle social conséquent, Bando est réservé et apprécie la solitude de son atelier qu’il déplace de nombreuses fois entre 1922 et 1925 dans le périmètre de Montparnasse.

Œuvre
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En 1925 Bando s’éloigne de la capitale et s’installe à Pierrefitte-sur-Seine. Il y rencontre sa future femme, une jeune pianiste française et la fille du vétérinaire du village qui soigne les nombreux animaux de compagnie dont Bando aime s’entourer et qu’il prend comme modèles pour ses tableaux. La même année Bando obtient un contrat avec la galerie Chéron, celle de Modigliani, de Soutine et de Foujita. Sa première exposition est un succès critique et commercial. Gustave Kahn, Louis-Léon Martin, André Warnod soutiennent Bando et l’incluent parmi les artistes les plus influents de l’école parisienne. En 1931, Georges Chéron décède et Bando choisit de ne pas se lier à un autre marchand. Il déménage à Villette-en-Yvelines puis, en 1938 il fait un retour à Paris et y prend un atelier rue Bois-le-Vent dans le seizième arrondissement avant de s’installer définitivement rue Nicolo avec sa femme. Sa fille Kimié nait en 1944, Bando consacre alors une partie importante de son temps à l’éducation de celle-ci.

L’art de Bando n’a rien de spectaculaire ni de démonstratif. L’artiste représente avec minutie les objets de la vie quotidienne, les animaux avec lesquels il vit, les personnes de son entourage proche sur des fonds souvent laissés nus et traités avec des touches veloutées qui créent l’illusion d’une nacre précieuse qui englobe les figures — poissons rappelant les carpes sacrées du Japon, chiots et poupées tels des netsuke blottis et tassés dans leur cadre, fruits lumineux comme s’ils étaient couverts de laque et jeunes femmes aux yeux noirs et à la peau diaphane — dans une atmosphère de poésie à la fois tendre et mystérieuse.

Dans ses autoportraits Bando se représente avec un regard neutre, observateur mais doux et un léger sourire. Une aura sereine s’en dégage mais rien ne permet toutefois de percer la naturelle réserve de l’artiste, pas même ces images où il se représente pour lui-même et qui sont l’aboutissement de la délicate sincérité avec laquelle il observe son monde.

Œuvre

Pour [Bando] l’art est le seul but de la Vie [...]. Depuis sa jeunesse il s’y consacre [...]. Il essaie toujours à mieux faire pour parvenir à exprimer le plus fidèlement la matière, la composition, le parfum, la vie même de toute chose, et surtout la Beauté qui s’en dégage, même celle d’une humble feuille morte ou d’un brin d’herbe solitaire. [...]

La peinture de Bando est noble, de grande distinction et grande rigueur, toujours de construction solide sous la douceur qui l’enveloppe. Il est fidèle à la nature, sa sensibilité ne lui permettant pas de la mutiler, il n’a jamais cherché à «plaire», ni à dominer ou imposer, et n’a jamais tenté «d’épater» le monde par d’insolites trouvailles, pas plus qu’il ne s’est jamais laissé aller à la facilité où sa grande habileté aurait pu le conduire.

Madame Toshio Bando à propos de l'oeuvre de son mari, extrait.